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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 23:30


1998-09-Gear-6
 
Traduction  française  de  l'article  du  Magazine  GEARS
«Peta:  La  Femme  Nikita's  lethal  weapon»  (1998)
 


Peta,  l'arme  fatale  de  «La  Femme  Nikita»



Septembre/Octobre 1998



«J'ai une peur bleue». «Je suis une froussarde». Lorsque, sur son plateau de tournage à Toronto, Peta Wilson, qui tient le rôle principal de l'élégante et réticente tueuse de «La Femme Nikita» - le grand succès, unique et exclusif du câbleur (américain) USA Networks -, me fait part de ses sentiments, je ne la crois pas. Pas facile en effet, vu l'imposant gabarit 
«5'11"» de Peta Wilson et son inquiétant regard «ça va me faire mal plus qu'à toi, mais ça va faire mal quand même». Néanmoins, très vite, elle met l'accent sur la disparité entre son comportement à l'écran et sa propre personnalité. «Des films qui font peur, ça me fait peur», dit-elle en un australien rapide, guttural et claironnant, un mode bien éloigné de l'énonciation «marque déposée» de son personnage qui, lui, a plutôt tendance à se placer quelque part entre le chuchotement et la menace. «Quand les gens se fâchent, ça me fiche la trouille».

 

Quand nous nous rencontrons, une semaine plus tard, pour un dîner à New York, elle corrige, déclarant haut et fort: «Ces choses qui vous effraient résident dans votre façon d'être heureux. Rien ne me fait réellement peur. J'ai fait face à mes craintes, je les ai fait miennes et les ai surmontées».


Débarrassée de toute inhibition, Peta Wilson est une de ces rares personnes qui s'en prend plein la gueule dans la vie et qui rit avec entrain et beaucoup de plaisir quand des jus coulent en cascade sur son menton. Expansive, sociable et extrêmement tactile, elle se lancera à bras-le-corps - polyvalente, cheveux blancs comme neige au vent - dans n'importe quel potentiel rapport interpersonnel, se joignant d'elle-même à d'interminables conversations labyrinthiques (qu'elle appuyera pour la plupart d'un haussement d'épaules, d'un «et alors, je suis Australienne», ou d'un «et alors, je suis un Scorpion»), et distribuera des étreintes «d'ours broyeur d'os» ou de cuisantes «bottes au cul» à la moindre provocation.


Bien qu'il soit tonifiant d'entrer intimement en contact avec une femme aussi sexy et un tel esprit libre, il faut également s'attendre aux moments inévitables où elle voudra: 1. Se mettre tout d'un coup à chanter (heure approximative, 22h54); 2. Attraper votre main et vous entraîner sur la table, en insistant pour que vous dansiez avec elle tandis que les clients tout autour vous regarderont en applaudissant (heure approximative, 00h10), et 3. Vouloir que vous croisiez les bras pour trinquer (heure approximative, 00h47). Tout ceci non pas pour dire que Peta Wilson n'est qu'une pile électrique, mais juste que sa dépense démesurée d'énergie est une perspective intimidante pour quelqu'un habitué à un mode de vie plus rigide. Lorsque nous quittons le restaurant, j'esquive une affectueuse embrassade. «Vous avez peur de moi», dit-elle d'un ton accusateur. Je nie, mais elle semble ne pas me croire.

 

1998-09-Gear-10

 

Une  défiance  qui  a  régné  pendant  de  nombreuses  années  à  Hollywood

 

Le public ne veut pas mettre de sa poche pour aller voir «une poupée» en action, c'est de l'ordre de la sagesse populaire. Ils la trouvent intimidante, contraire à la féminité, garçonnière. Même dans un passé, pas si lointain, quand «the Giant Action Smash-Up» [les grosses bagarres spectaculaires] constituait le genre le plus rentable et le plus communément accepté, que des films mettant en vedette des gars qui ne savaient pas commander un repas en anglais mais qui pouvaient, d'un tour de jambe [coup de pied], envoyer un trafiquant d'armes voler par la fenêtre du 32e étage étaient applaudis par un public peu exigeant, personne ne leur réclamait un équivalent féminin. 

Chaque tentative d'introduire une héroïne de films d'action ne rencontra que dérision et salles vides. Sigourney Weaver dans la série Aliens et Linda Hamilton dans Terminator 2 ont certes fait mouche, mais toutes deux doivent leur épanouissement plus à leurs rôles qu'en jouant les stars dans des voitures créées pour l'occasion. Le sort des grands films d'action taillés sur mesure pour Geena Davis (The Long Kiss Goodnight), Sharon Stone (The Quick And The Dead), Pamela Anderson (Barb Wire), Jamie Lee Curtis (Blue Steel), Lori Petty (Tank Girl), Cindy Crawford (Fair Game) et Bridget Fonda (Point Of No Return / VF Nom de code: Nina, le premier essai raté d'une version américaine de Nikita), reflète mieux la situation.


Alors que les cinéphiles ont réservé un accueil frileux à la femme d'action, il n'en a jamais été de même dans le monde de la télévision. Dans les années 60, Honey West, l'Emma Peel de The Avengers [VF: Chapeau melon et bottes de cuir] et Cinammon Carter (Mission: Impossible) dominèrent le petit écran. Les années 70 virent apparaître les Charlie's Angels [VF: Drôles de dames], Lindsay Wagner (The Bionic Woman) and Lynda Carter (Wonder Woman). Bien que les années 80 manquèrent de ce type d'icône, ces deux dernières années, trois séries ayant pour vedettes des femmes capables de tuer avec leurs mains ou leurs pieds ont été accueillies par les membres d'un public qui, depuis un divan de salon, parvinrent à leur conférer un statut de série-culte. 


Les héroïnes de Xena, Warrior Princess, Buffy The Vampire Slayer et de «La Femme Nikita» sont non seulement des personnages assez forts que pour empêcher leur série de dégénérer en un spectacle humiliant qu'il aurait aussi très bien pu être, mais participent également à la mise en place d'une nouvelle espèce de stars. Xena, bien connue pour porter l'étendard de la justice, est perpétuellement poursuivie par ses tendances génocidaires. La pétulante Buffy assume à contre-coeur sa vocation, telle un pianiste prodige astreint à faire ses gammes, alors qu'elle préférerait souvent être en train de draguer. Et puis il y a Nikita, invisible machine à tuer qui arpente les couloirs de la Section One - ce très-haut département gouvernemental ultra-secret qui l'arracha à sa prison dans un état de stupeur étonnement paranoïaque - tel un employé temporaire à son premier jour au sein d'une dangereuse organisation.

 
 
1998-09-Gear-5


 
P. Wilson déclare: «Dans un film, c'est très dur d'obtenir cette combinaison d'action et de drame en deux heures seulement. À la télévision, il y a de l'action chaque semaine, mais le développement émotionnel des personnages est en constante évolution. Les gens accrochent.»

P. Wilson est consciente à la fois du fait que le petit écran est devenu un sanctuaire pour la femme d'action, et du fait qu'elle et son cercle [très fermé] de femmes karatékas de haut niveau ont redéfini le stéréotype. «Je ne joue pas Schwarzenegger avec un sac à main. Lorsqu'on est une femme et qu'on s'en prend à des gros méchants, ça fait peur. Nikita est un tueur à gages, mais il y a toujours cet élément de crainte qu'elle puisse mourir.»


Au départ, mélange forcé de styles entre The Prisoner [VF: Le Prisonnier], Mission: Impossible et une publicité vintage pour Calvin Klein Obsession, la série télévisée Nikita a réussi à transformer ses excès en vertu. Les pauses lourdes de sens, les regards pesants et les dialogues creux qui au début provoquaient la risée, devinrent progressivement la signature de la série. «Cela a toujours été le style voulu, mais les gens ont mis un peu de temps à le comprendre», explique P. Wilson.

«À la télé américaine, excepté pour The X-Files [VF: Aux frontières du réel] et NYPD Blue [VF: New York, Police d’Etat], on parle beaucoup de conneries. Le niveau de concentration des gens est tellement bas. Ils regardent tellement la télé, comment voulez-vous alimenter leur intérêt pour une série dont le style est différent et les personnages si ambigus?»


L'intensité sauvage que Wilson apporte au personnage est un capteur d'attention essentiel. Même si elle ne dit pas qu'aucune actrice américaine ne saurait combiner comme elle le caractère viscéral et vulnérable, elle écarte sa prédécesseur Jane Fonda d'un brusque revers de la main. Et elle est à peine plus généreuse envers les autres Liv, Gwyneth et Uma: «Elles sont tellement...». Elle adopte une pose intimidée, craintive. «Elle n'ont pas ce...». Les mots lui manquent une fois de plus, elle serre les poings et pousse un grognement d'hostilité.


Elle n'y va pas non plus de main morte avec les acteurs américains: «Ce sont tous des beaux gosses. Où sont les vrais hommes?». Bien sûr, un beau gosse occupe une place essentielle dans l'univers de Nikita. Des multitudes de pages Internet créées par les fans de la série abondent de spéculations sans fin sur l'évolution, à l'allure d'escargot, de cet amour qui n'ose pas se déclarer entre Nikita et son mentor/bourreau/idole Michael (interprété par l'acteur québécquois Roy Dupuis), joué d'une manière tellement inerte qu'on dirait une nature morte virtuelle [...]. Wilson acquiesce: «C'est un homme de peu de paroles, qui ne bouge presque pas. Ce qui fait que je me demande sans cesse: "Pourquoi, bon sang, est-elle attirée par lui?" C'est un peu S&M [?].»
 

Cette relation ultra-compliquée et jamais aboutie apparaît clairement lorsque Nikita (ce n'est pas le genre de série où quiconque se dégèlera jamais au point de l'appeler "Nikki") s'échappe de Section One mais décide ensuite d'y retourner. Pour l'aider à simuler son enlèvement et à réintégrer le QG sans trop éveiller les soupçons, Michael lui fait la faveur de la battre jusqu'au sang. «Nous avons joué notre scène d'amour comme une scène de combat, et notre scène de combat comme une scène d'amour», confie Wilson avec un plaisir évident.


Née en Australie, à Sidney, en 1970, Peta Gia Wilson fut extradée avec son frère cadet Rob à cause des exigences du métier de leur père Darcey, officier militaire, et ils furent transférés en Nouvelle-Guinée. Être confrontée sans cesse à ces déplacements (sa famille a déménagé encore une douzaine de fois avant qu'elle ait atteint l'âge de treize ans) a nourri chez elle une vive imagination qui fit naître une ambition. «Quand j'avais neuf ans, j'ai vu Thunderbolt and Lightfoot [VF: Le Canardeur], et je me suis dit: "Je veux être comme Jeff Bridges". C'est alors que j'ai commencé à rêver de devenir actrice.»

Elle ne réalisa pas son rêve en Australie, mais connut un début de célébrité en tant que plus jeune membre de l'équipe nationale de net-ball. Sa stature, ses formes et sa chevelure la guidèrent vers une carrière de modèle, sur laquelle elle passe brièvement aujourd'hui en disant «ce n'était pas à plein temps». Cela dura toutefois assez longtemps pour qu'elle devienne anorexique. En 1978, son poids passa de 63 à 50 kilos.
 

Après avoir cessé de faire la modèle et de vomir, P. Wilson déménagea à Los Angeles en 1991. Trois mois plus tard, elle rencontra l'auteur/réalisateur Damian Harris, fils de l'acteur irlandais Richard Harris, et emménagea avec lui. Les problèmes d'ego qui peuvent survenir dans une relation entre une actrice et un metteur en scène n'ont pas affecté les liens du couple. «Je respecte et j'apprécie réellement ce qu'il fait, et c'est pareil de sa part. Je crois que le fait que nous soyons tombés amoureux est dû en partie à nos aptitudes créatrices. C'est attrayant.»


P. Wilson a passé les 6 années qui suivirent à étudier le métier d'acteur chez un élève de Stella Adler, la légendaire actrice de théâtre, tout en dévorant, autant qu'il est humainement possible, l'oeuvre de Tennessee Williams. Elle s'apprêta ensuite à se tranférer à New York et à chercher du travail sur les planches. «C'est alors que mon agent m'a appelée et m'a dit: «Pourrais-tu faire de la télé?» Et moi de répondre: «Quoi? Ma personnalité au petit écran? Ça ne me correspond pas!» Elle s'est néanmoins rendue à l'audition pour Nikita où elle saisit un ballon de basket des mains du directeur de casting et l'envoya rebondir contre les murs; après quoi, elle s'est assise et a conquis le jury. Le rôle lui a tout de suite été offert.
 
«Quand j'ai commencé, je me suis dit: "Bon Dieu, qu'est ce que je suis en train de faire?" Je viens du théâtre. Mais maintenant que j'ai appris les techniques, je me rends compte que c'est difficile et beaucoup plus qu'un simple jeu fantaisiste. Il y a tellement de choses auxquelles il faut penser, comme par exemple le moment où doit arriver la pause publicitaire.»


P. Wilson a ce regard perdu qui la distingue de la plupart des actrices TV. Je le lui décris comme nordique, presque viking. Elle me reprend. «Nordique? Je crois que c'est mon côté écossais. Les Écossaises sont des filles bien. J'allais teindre mes cheveux en foncé, puis je me suis dit que les blondes étaient [des femmes] fortes. Mae West, Bette Davis. Les choses ont changé, maintenant il y a ce stéréotype qui caractérise les blondes. Je ne sais pas comment c'est arrivé.»

Je lui suggère Marilyn Monroe. «Alors tu prends ce qu'avait Marilyn Monroe, tu lui rajoutes du punch, et tu obtiens ce quelque chose d'autre. C'est peut-être mes origines australiennes. Je pense que les Australiens sont les Vikings des temps modernes.»


Alors que Peta Wilson est liée à Nikita pour encore trois ans, les propositions de film se présentent sur son chemin. Elle parle de faire mûrir un projet de film d'action qu'elle sera prête à jouer quand elle aura 35 ans (aujourd'hui elle en a 27), mais, pour le reste, elle est prudente. «Mon prochain choix se portera sur quelque chose qui nourrira ma créativité. Je commence déjà à être connue, ce n'est donc pas nécessaire de faire un film pour me faire remarquer, à moins que je veuille finir par me détruire dans un endroit pourri où je n'aurais pas de vie, et ce n'est pas ce dont j'ai envie. On m'a offert de grosses sommes d'argent, c'est vrai, mais bon, somme toute, c'est quoi ce dont on a besoin? Je mène une vie agréable».
 

Assez agréable que pour pouvoir se permettre une passion grandissante pour les voitures anciennes («Je possède une T-Bird de 1956, une Chevrolet Impala décapotable de 1958, et une Dodge de 1938»), mais apparemment encore très loin du niveau où règne une vision déformée de la réalité. Au moment de retourner sur le plateau de Nikita, elle dit: «Tu sais, à n'importe quel moment, cette vague sur laquelle je surfe va s'écraser, et j'ai intérêt à être prête pour la foutue dégringolade qui s'ensuivra. Je sais que tout cela pourrait s'arrêter à n'importe quel moment et que je me retrouverais dans le genre: "C'était qui encore, cette Peta Wilson?"»
 
Sur quoi, elle s'en va tourner la dernière scène de l'épisode final de la deuxième saison. Et conclut: «Je n'ai pas peur».


Traduction française © Michèle Brunel



 Magazine GEAR
 
1998-09-Gear-1


 
 

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  • : La Femme Nikita, chef-d'oeuvre inachevé
  • La Femme Nikita, chef-d'oeuvre inachevé
  • : Un hommage fort et pleinement mérité au génie, au raffinement et au talent de tous ceux et celles qui ont su inventer, réaliser, produire et interpréter cette remarquable, unique et inoubliable série qu'est «La Femme Nikita». Petit clin d'oeil particulier aussi (et surtout) à l'acteur québécois Roy Dupuis qui a miraculeusement débarqué dans ma vie au bon moment...
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