Partager l'article ! Quand le piège se referme: Magazine Elle Québec - Novembre 1993 Je disais donc que... ...
La Femme Nikita: chef-d'oeuvre inachevé
Si vous cherchez une oeuvre cinématographiquement, artistiquement et
musicalement parlant puissante, si vous aimez vous déconnecter de la réalité et sortir des sentiers battus, si le physiquement beau et le métaphysiquement profond exacerbe votre sensibilité,
alors, je vous invite à me suivre...
Je disais donc que... Roy Dupuis est pour moi un sujet inépuisable. Mais ma principale source d'inspiration est, et
restera toujours, Michael Samuelle, ce fabuleux personnage que l'on peut analyser et décortiquer à l'infini...
Un Michael dont le miracle tient essentiellement au fait qu'il soit fondamentalement et fantastiquement indescriptible. Son «chez lui», son immense jardin
secret, est quasi inviolable; la frontière qu'il a fixée entre ses actes et ses pensées est quasi infranchissable, la rivière qui sépare le vrai du faux ou le «oui» du «non», quasi
intraversable. Parvenir à «le mettre à nu», à interpréter un tel camouflage volontaire, relève pratiquement de l'exploit.
Car s'il y a une caractéristique propre à Michael/Roy Dupuis, c'est bien cette
propension à assumer des rôles pleins d'ambiguïté où il laisse en permanence planer le doute sur lui. C'est cette aptitude à faire resplendir la face cachée de l'homme, à faire
ressortir sa double nature, à dévoiler ce double jeu que chacun de nous est contraint de jouer chaque jour.
C'est l'art de rendre visible l'invisible ou l'invraisemblable, d'extérioriser ce que l'on veut dissimuler, de rendre statiques une intelligence fiévreuse et une
réflexion en perpétuel mouvement... C'est l'art de faire fusionner, au sein d'un même regard et d'une même attitude, deux entités radicalement opposées: un don inouï qui ne cessera jamais de
m'éblouir et sur lequel je ne peux m'empêcher de méditer et de disserter à chaque fois que je le regarde. Et ceci, en particulier dans «Nikita», là où son habileté à mettre en exergue la
constante et omniprésente dualité des sentiments qui nous animent a probablement atteint son paroxysme; là où, en tentant d'annihiler sa vraie nature, il a redoublé de
personnalité!
Personne mieux que lui n'aurait pu incarner cette part d'apparence externe et de secrets internes bien gardés, «ce subtil mélange de contrastes et de contradictions»
qui fait de nous des êtres humains.
"J'avais besoin d'un acteur capable de jouer tout et son contraire... Ce n'est
pas du ressort de n'importe quel acteur"... déclarait le réalisateur Alain Zaloum en parlant de son film «C'est pas moi, c'est l'autre!»
Car, oui, Roy Dupuis est artistiquement capable de tout: capable de jouer lui-même et son contraire, d'exprimer n'importe quel élan ou état d'âme et son contraire; capable aussi de tout formuler
sans rien dire ni laisser apparaître.
Il peut passer de l'état brut et sauvage au raffinement le plus extrême avec une virtuosité étonnante; il peut tout explorer, tout risquer et jouer avec le feu à
volonté. Son physique attire les rôles osés (et il serait d'ailleurs bien dommage de priver les spectateurs d'un tel plaisir des yeux!) ou prédominants, tout comme son intériorité attire les
rôles sophistiqués: car, quoi qu'il fasse, Roy a du chien et crève l'écran.
"Son insécurité lui fait réaliser des choses
extraordinaires"
répondait sa mère, Ryna Tifo, à un(e) journaliste qui voyait en Roy un homme «exigeant et
perfectionniste, mais aussi souffrant d'insécurité» (Magazine québécois «7 Jours» du 30 novembre 2002)
Difficile pour nous d'imaginer un Roy Dupuis encore hésitant ou peu sûr de lui dans la
vie...
Reste en effet à ajouter que son capital ne se limite pas à la splendide structure de son corps et de sa physionomie, à son regard sublime et à son irréfutable
talent d'acteur: il va bien au-delà... De lui irradie réellement quelque chose de magique, de mythologique... Ce qu'il inspire dépasse tout entendement, les
ondes qu'il émet semblent provenir d'un monde légendaire, du temps où l'homme et la bête ne faisaient qu'un. Car, oui, en plus d'être littéralement envoûtant, Roy «sent le fauve»!
La nature l'a comblé. Une crinière épaisse et ondulée dans laquelle on voudrait pouvoir enfiler sa main, une voix qu'il sait rendre chaude, tendre et ensorceleuse
quand le scénario le réclame, une démarche majestueuse que lui confère sa silhouette à la fois costaude et élancée, viennent compléter ce portrait de l'homme idéal dont chaque femme aura rêvé au
moins une fois dans sa vie.
Mais il y a plus... Il y a «une présence» et une énième forme de «pouvoir» à appréhender...
Car le charisme de Roy est phénoménal: sa simple vue ou apparition provoque un éveil en
sursaut des sens, une sensation d'attirance inexpliquable, voire même une incontrôlable montée d'adrénaline! Il y a en lui une telle synchronisation de tout son potentiel physique et abstrait
qu'on ne peut ignorer le fait «qu'il soit là»... tout simplement, qu'il le veuille ou non... Présent quelque part dans un coin de la pièce ou de la scène.
Mais l'homme n'a pas fini de tisser sa toile... Il fera fondre toute résistance lorsque sa victime aura pris conscience de l'ultime emprise qu'il exerce sur elle: un
pouvoir «rassurant» colossal, somme de cette puissante «force tranquille» et de l'incroyable «force protectrice» qu'il libère malgré lui! Deux forces délicieusement apaisantes dont les effluves
parcourent malicieusement les canaux de votre imagination, jusqu'à ce que vous vous sentiez bien et en sécurité. Un sentiment de protection, de calme et d'équilibre intérieur que le personnage de
Michael est venu sublimer.
Car, oui, de Roy, se dégage aussi une impression d'infaillibilité, d'homme invincible et
invulnérable. Quel que soit le rôle qu'il assume, il reste dominant et, de ce fait, supérieur à tout ce qui peut «nous» ou «lui» arriver, dans la vie comme à l'écran...
"La force tranquille de l'arbre qui, à chaque jour, à chaque heure, à chaque
instant, enfonce ses racines plus avant dans le sol" (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 94)
Roy Dupuis a beau prétendre que dans la vie il est l'extrême opposé de Michael et que les gens «croient le connaître»,
il n'empêche que dans chacune de ses interprétations il livre toujours une partie - aussi infime soit-elle - de lui-même (le goût du danger et du défi, par exemple, n'est-il pas dans sa nature?
Réputé réservé, introverti, de peu de mots et jamais agressif, Michael n'était-il pas un personnage qui lui allait comme un gant? - Chassez le naturel, il revient au galop...)
et, qu'il le sache, ceux qui l'aiment sont capables de «saisir l'insaisissable», qu'il y a toujours une correspondance directe ou indirecte entre un élément de sa vie et le scénario qu'il accepte
de jouer. Il suffit de recoller les petits morceaux pour se faire une idée de l'homme superbe qu'il doit être au quotidien.
Alors, rendons à Roy ce qui appartient à Roy! Un Roy Dupuis toujours égal à lui-même: beau et grandiose. Et
né non seulement sous une bonne étoile, mais bien avec l'étoffe d'une «super-star»!
Il est d'ailleurs franchement regrettable que tous ses plus grands films n'aient pas trouvé preneur en Europe. Car si
une image vaut mille mots, un film vaut des centaines de pages ou d'images. Comme je disais
précédemment: «tout en lui sent le pouvoir». Mais aucun livre ne parviendra jamais à décrire l'aura et l'effet du jeu de ce comédien.
Bienheureux ceux qui se laisseront encore piéger par son pouvoir d'attraction, car... aimer Roy Dupuis, c'est se garantir une petite parcelle de paradis sur terre!
© Michèle
Brunel (Cet article est protégé par
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Et... si une photo vaut mille mots, alors il est grand temps
de passer aux images!
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