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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 19:15

Nikita-Vintage-1


Septembre 2009

«J'ai été accusée injustement d'un crime horrible et condamnée à passer le reste de ma vie en prison. Une nuit, je fus prélevée de ma cellule et emmenée dans un endroit appelé “Section Un”, le plus grand groupe anti-terroriste ultra-secret au monde. Leurs buts sont nobles, mais les moyens utilisés impitoyables. Si je ne rentre pas dans leur jeu, je mourrai...»

C'est sur ces mots terribles que commence le drame d'espionnage La Femme Nikita. Basée sur son homonyme de Luc Besson, un film de grand style à l'enseigne du sombre-obscur et de marque française réalisé en 1990, la série a pour protagoniste une jeune femme qui, chassée de chez elle, se retrouve à vagabonder dans les rues de la ville. N'ayant pas d'autres attaches familiales, elle est recrutée par une organisation secrète sans scrupules et sera formée pour devenir un des nombreux agents [tueurs professionnels] déjà à leur service. C'est à la fascinante ex-modèle Peta Wilson que l'on fit appel pour donner un visage à Nikita, grande vedette de la série.

Un choix à contre-courant si l'on pense au visage que le réalisateur français avait choisi pour interpréter Nikita au grand écran: Anne Parillaud. Et si ensuite, on se tourne vers le remake américain du long métrage français - Point of No Return (1993) - on remarque ici aussi un choix pour une héroïne complètement différente de Peta Wilson: Bridget Fonda.

Il faut dire que l'histoire d'une jeune femme qui finit esclave d'un groupe (peut-être) anti-terroriste et se voit jetée, contre sa volonté, dans un inextricable monde violent, commence tout de même à passionner Européens et Américains, mais pas seulement! Après avoir conquis les vieux et nouveau continents, l'histoire de Nikita arrive au fil du temps jusqu'en Asie où seront produits de multiples autres remakes [de Black Cat (1991), Prisoner Marie (1995)...] centrés sur des “filles au revolver”.

Vu l'énorme succès international, on pouvait légitimement s'attendre à ce que cette série d'espionnage génère d'autres remakes, également en télévision. Nous parlons cette fois d'une seconde série, après LFN, dotée d'un budget plus consistant, intitulée Alias et signée J.J. Abrams.
Mais pour les ressemblances entre LFN et Alias nous laisserons plus loin la parole à Billie Doux, une opinioniste de téléséries qui a confronté les protagonistes et l'intrigue des deux séries. Pour notre part, nous restons concentrés sur La Femme Nikita.

La trame tourne autour de Nikita, recrutée par la Section Un après avoir été injustement accusée d'un homicide jamais commis. L'agence a simulé sa mort, a rayé son identité, l'a formée pour devenir opérationnelle au cours de missions de grand danger, et surtout, en a fait une tueuse de premier ordre. La jeune femme ne cesse de penser à sa vie d'avant et à sa liberté perdue, mais la Section Un surveille de près les moindres faits et gestes de ses agents, les contraignant à devenir de parfaits assassins, toujours obéissants et fidèles à un rigoureux code et style de vie créé pour garantir le secret et la sûreté de l'entière organisation. D'autre part, les chefs de la Section Un, Opérations et Madeline, voient clairement dans les émotions un signe de faiblesse, et c'est pourquoi ils font tout pour que les agents ne se laissent pas distraire par d'inutiles histoires d'amour ou de liens familiaux, si ce n'est en mission, sous couvert d'une mise en scène.

Nikita est donc une héroïne isolée dont la vie sociale en dehors de la Section Un est pratiquement inexistante. Déjà dès la première saison, le téléspectateur assiste pourtant à la désespérée et continue tentative de la jeune femme de se créer une vie propre, loin du “travail”, d'abord en se trouvant une amie - sa voisine Carla (Anais Granofsky) - et ensuite un homme à aimer - l'architecte Gray Wellman (Callum Keith Rennie). Mais la Section Un met en place tous les stratagèmes possibles afin que Nikita ne puisse trouver ni véritable amour ni vraie privacy: d'abord on tapisse tout son appartement de caméras cachées qui la surveillent 24 heures sur 24, puis on la bombarde par téléphone d'appels au travail aux moments les moins opportuns, ne lui laissant ainsi aucune possibilité d'évasion.

Un des plus anciens agents est Michael. D'abord son mentor puis son amant, Michael est avant tout le commandant en chef de Nikita dans les missions “sur le terrain”. Il est le seul à avoir accès aux plus hautes sphères de la sécurité, mais son amour grandissant pour Nikita et l'accroissement de son expérience dans le secteur amèneront les chefs de la Section Un à craindre un “putsch” [tentative de prise de pouvoir] et à le mettre de plus en plus en difficulté au point même d'envisager son “annulation”.

La relation entre Michael et Nikita est sans nul doute le vrai coeur de la série. C'est une relation complexe qui dure tout au long des cinq saisons et qui tient les fans en haleine jusqu'au dernier épisode. Leur histoire baigne dans l'incertitude et ceci ne fait qu'augmenter l'attente du téléspectateur qui se colle à l'écran avec un seul désir: savoir comment ça va finir pour ces deux amants maudits.

Dans la première saison, les fans ont cru que Michael utilisait Nikita comme un pion, la manipulant dans le seul but de la rendre parfaite pour la Section Un. Mais dans la deuxième et troisième saison, l'homme semble moins manipulateur et la relation avec Nikita mûrit en réponse à l'hostilité de l'organisation-même.

Même quand la Section Un ordonne à tous les deux de mettre un terme à leur relation, ni Michael ni Nikita ne réussissent à le faire. L'intérêt obsessif de Madeline et Opérations les amène à décider d'éloigner définitivement Nikita de Michael en recourant à une redoutable méthode de lavage de cerveau qui annihile toute forme de faiblesse et d'émotion. L'épisode “On Borrowed Time” jette les fans dans l'angoisse et la tristesse... Après le terrible traitement, Nikita succombe aux perfides désirs de l'organisation en prononçant à Michael les mots qu'il craignait d'entendre: “I don’t love you anymore – Je ne t'aime plus”.

Cette love story a donc été primordiale pour le succès de la série, rejoint surtout grâce à son étendue internationale et à l'attention de ses fans qui ont commencé à se regrouper sur la toile pour discuter des épisodes et de ses acteurs: Peta Wilson (The League of Extraordinary Gentlemen) comme annoncé, dans le rôle de Nikita; Roy Dupuis (Mémoires affectives) dans la peau de Michael, le mentor et l'amant; Matthew Ferguson (Cube 2: Hypercube) en Birkoff, le génie en informatique; Don Francks (Johnny Mnemonic) dans le rôle de l'expert en armes et munitions, Walter; Eugene Robert Glazer (The Five Heartbeats) en tant que grand méchant chef, Opérations, et finalement, Alberta Watson (Hackers) l'interprète de la brillante stratège, Madeline.

Ce qui, au-delà du romantisme décrit ci-dessus, m'a fait regarder la série de façon quasi religieuse, ce sont les sentiments et les émotions qui ont caractérisé la vie de la protagoniste, mais aussi les subtils regards et les constants sous-entendus qui m'ont menée au dernier épisode avec toute l'anxiété et l'inquiétude de connaître la fin des pérégrinations des divers personnages. Des dialogues pleins de doutes et d'imprévus couronnés d'une colonne sonore très évocatrice grâce à l'excellent thème principal de Mark Snow et aux morceaux des artistes comme Mono, Curve, Enigma et Morphine.

Pour beaucoup de téléspectateurs, LFN a été, plus qu'un rendez-vous, un “rituel” hebdomadaire, et ceci grâce aux thèmes de la série basées sur ses récurrentes incertitudes, sur la recherche continue du bonheur et de la fidélité. Actuellement au programme de la chaîne Rete 4 et bien qu'il s'agisse d'une rediffusion, la série continue de conquérir le public, de le séduire et de l'émouvoir comme si elle en était à sa première vision. Si vous aimez le genre et que ces thèmes vous sont chers, La Femme Nikita est un rendez-vous que nous vous suggérons de ne pas perdre.

Source originale:


Traduction: Michèle Brunel

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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 18:43

 


Darkness-VisibleDARKNESS VISIBLE - S2/E8

 

La Femme Nikita, une série déclarée cliniquement morte? Reléguée aux oubliettes?
ALORS RESSUSCITONS-LA!

 

Sidérée par le peu de place et de résonnance que l'Europe a accordé à cette série d'avant-garde aussi fascinante qu'intelligente que tout le monde semblait avoir déjà oubliée et qui, dans les classements, se retrouvait mise de côté comme si ça ne valait même plus la peine d'en parler, j'ai décidé de la remettre à l'honneur et de vanter haut et fort les mérites qui lui reviennent de droit.
 

Car, s'il y a une fiction qui aurait dû battre tous les records d'audience et se voir attribuer les meilleurs prix, c'est bien La Femme Nikita! Considérée alors comme «violente» (estimation, de nos jours, complètement dépassée et sur laquelle je reviendrai par la suite), elle ne fut diffusée qu'après minuit, ce qui limita fortement son public et la priva d'une frénésie qui avait pourtant déjà gagné l'ensemble de la planète.
 

Placée sous le signe du danger, de la beauté et de la clandestinité, La Femme Nikita est bien plus qu'une simple série. Son analyse, tant sur le fond que sur la forme, a de quoi remplir un livre entier. Ce qui a d'ailleurs déjà été fait en anglais, au travers de «Inside Section One» (par Christopher Heyn - http://www.povpress.com/ - un ouvrage sorti à l'automne 2006, mais auquel par manque de temps et de maîtrise suffisante de la langue je n'ai malheureusement pas encore pu m'attaquer).
 

Et je puis vous assurer qu'avec une telle combinaison d'arts et de talents, établir un classement par ordre de grandeur de ses qualités n'est pas chose facile. Le secret de sa réussite ne se limite pas à un ou deux éléments: la série a rassemblé une telle armada de «forces spéciales» tant sur ses champs de bataille qu'au moment de sa construction qu'il aurait fallu pouvoir les aligner toutes au premier rang. À regret, je dois cependant me résigner à les énumérer l'une à la suite de l'autre.
 

1. «La force des personnages»
 

Une série est avant toute chose un groupe de personnes qui vont nous tenir compagnie pendant des dizaines d'heures, voire même des années. Inutile donc de nier l'impact que les comédiens peuvent avoir sur nous: la valeur de l'artiste est essentielle, son charisme primordial et sa beauté un grand plus considérable. Un concept que les créateurs de La Femme Nikita avaient bien assimilé: ils ont su travailler leurs personnages à fond sans pour autant sombrer dans la caricature, la folie ou l'irréalisme des thrillers psychologiques. Et, avec en guise de pilier central, ce clan de six figures aussi marquantes qu'attachantes qu'ils fouilleront jusqu'au plus profond de leurs pensées, de leur amertume et de leur capacité de résistance, ils ont réellement fait «bingo»!
 

 «On peut sans contredit expliquer le succès de la télésérie Nikita par la force de ses personnages» (Raymond Pelletier - Article du Magazine 7 Jours N° 43 du 28 août 1999)
 

Une citation avec laquelle, de toute évidence, on ne peut qu'être d'accord. Et à laquelle je rajouterais: par la force «des physionomies», «des regards» et «des personnalités» des acteurs interprétant les différents personnages, chacun d'eux témoignant d'un type ou d'un éclat très particulier; mais aussi, par la judicieuse «sélection» et «association» de ceux-ci.
 

Des personnages tellement forts qu'on a un mal fou à s'en détacher; tellement proches qu'on aurait envie de leur parler, de les toucher, de leur prendre la tête entre nos mains. Des personnages tellement intenses qu'on vit chaque fin d'épisode comme une cruelle séparation. Des personnages tellement isolés dans leur tour d'ivoire qu'on aurait envie de leur crier: «courage, on est là, on vous aime!»... Des personnages tellement torturés et à qui aucune voie d'issue n'est permise qu'on voudrait pouvoir les soulager et les libérer. Des personnages qui ont développé de tels mécanismes d'autoprotection, qui ont atteint un tel niveau à la fois d'assurance et de résignation qu'on finit par les envier. Des personnages de proue qui «s'emboîtent» tellement bien l'un dans l'autre que l'absence de l'un d'eux dans un épisode crée aussitôt un vide. Des personnages qui, bon gré, mal gré, forment une famille dont les membres ne sont unis que pour le pire, mais à laquelle, finalement, on serait presque fier d'appartenir.
 

Des personnages tellement beaux que, des années après, certains en rêvent encore...


2. «La force du son et de l'image» ... qui prend ici une ampleur inhabituelle.
 

Ou plutôt, une gestion du son et de l'image exceptionnelle. Car, même si on ne prend pas toujours immédiatement conscience de l'effet magique et de l'influence énorme qu'elle exerce sur nous, La Femme Nikita se démarque également et principalement par la force et la beauté de la musique qui l'accompagne.
 

Un fond musical époustouflant et quasi ininterrompu qui nous berce du début jusqu'à la fin, qui vient «répondre» aux questions qu'on se pose, qui souligne chaque tableau, chaque situation, chaque conversation d'une façon absolument remarquable. Une musique qui, même en plein coeur de l'action, prend souvent le pas sur les dialogues, couvre le bruit des armes à feu ou comble les silences de manière plus qu'éloquente. Une musique d'ambiance qui apaise les sens ou au contraire ouvre la porte au suspense. Un générique et une bande sonore aussi pénétrants que les innombrables «face to face» et les vertigineux jeux de regards qui font de cette série un chef-d'oeuvre non seulement musical mais également cinématographique. Une musique surprenante d'efficacité, étonnamment chantante, vibrante et entraînante qui ne vous lâche pas d'un pas. Une musique qui est l'oeuvre d'un compositeur de génie et dont le balancement régulier entre animation et lenteur, entre ardeur et douceur fait rapidement oublier la violence des thèmes abordés.
 

Et si la splendeur et la continuité de cette musique vous avaient échappé, il n'est jamais trop tard pour vous rattraper: fermez les yeux et écoutez...
 

Viennent ensuite «les gros plans», une autre des principales caractéristiques de la série: une caméra souvent et longtemps braquée sur des paires d'yeux magnifiques, sur des visages qui rivalisent de charme, de photogénie, de perfection ou de singularité et qui monopolisent l'écran. Un objectif qui scrute inexorablement chaque ride, chaque cerne, chaque grain de peau, chaque fissure des lèvres, chaque battement de cils, chaque perle... de larme ou de sueur. Un zoom qui, tel un prédateur à l'affût, fixe chaque prouesse ou raté artistique, guette l'ombre d'une variation, d'une contraction musculaire ou d'une fluctuation de l'âme. Une sorte de «visite prolongée» dans les abysses de l'expression et dans la quintessence du talent. Un procédé audacieux qui confère aux personnages une emprise inouïe sur le spectateur et que seuls de très grands acteurs pouvaient soutenir avec pareille insistance. Rien ne leur est épargné: la moindre pensée, le moindre réflexe ou calcul mental, la moindre transition d'un sentiment à l'autre, d'un changement d'humeur, sont décryptés, capturés, et transposés en bravoure artistique.
 

3. «La force du mystère et des non-dits»

... est, indéniablement et à égalité avec les précédentes, une autre des locomotives de la série.Tout enrober de silence et de mystère, garder le secret sur tout et faire planer le doute sur tout le monde, voilà une recette qui fonctionne à merveille! Et, dans La Femme Nikita, tout a été mis en oeuvre pour entretenir ce genre d'ambiance.
 

Dans ce centre de contre-espionnage interne qu'est la Section One, on vit perpétuellement dans le mensonge et dans le secret. Tout se fait en cachette, rien n'y est jamais complètement blanc ou noir, rien n'est jamais tout à fait vrai ou faux; «la maison» recèle quantité de niveaux inaccessibles, tout y est chiffré et indécodable, tout ce qui s'y dit ou s'y fait a une saveur de cadeau empoisonné. L'inconnu, le flou et l'ambiguïté s'insinuent partout et jouent avec nos sentiments.
 

Chacun y vit dans son propre bunker, les échanges se font en aparté (quand ils ne prennent pas des allures de conciliabule) et l'énigme qui entoure la vie des personnages est soigneusement préservée. On ne peut que deviner, imaginer, supposer, pressentir, soupçonner... mais jamais juger! Leur passé ou les explications à leur comportement ne sont dévoilés qu'au compte-gouttes et toutes les précautions sont prises pour brouiller les pistes à qui tenterait de remonter à la source de ses problèmes.
 

À la Section One, il n'y a pas de fenêtres: elle est située à 150 mètres sous terre. Elle doit refléter le sérieux, à la limite de l'austérité, d'un poste de commandement militaire. Le milieu ambiant baigne donc toujours dans une sorte de grisaille et de froideur: métal, lumières artificielles, architecture ultramoderne réduite à l'essentiel et écrans partout. À lui donner de la couleur, ce seront les personnages; à l'illuminer et à tenter de l'humaniser, ce sera Nikita!
 

Même à l'extérieur, les scènes sont le plus souvent tournées dans la pénombre ou par temps hivernal, tout comme des lieux isolés, désertés ou souterrains servent généralement de décor. Brouillard, brume, neige, pluie, nuages, caves, tunnels, parkings et galeries en sous-sol, usines et entrepôts désaffectés, boîtes de nuit contribuent largement à renforcer ce ton quelque peu lunaire et ténébreux chargé de mystère qu'on voulait lui apporter. Dans La Femme Nikita, le dépaysement est total: n'y cherchez pas un quelconque rapprochement avec la vie de tous les jours. Le voyage que cette série vous fera entreprendre ne ressemble à aucun autre: il sera nocturne, planétaire, cérébral et intérieur...
 

Mais si elle est principalement basée sur des êtres taciturnes, des lieux obscurs et des secrets bien gardés, elle repose également sur tout ce qui peut venir alimenter «les non-dits».

Car, dans les dédales de la Section One, en dehors des exigences de travail, le silence est d'or. On y parle le moins possible, on répond le moins explicitement possible aux questions et, si l'on peut, on s'applique à semer le doute dans les esprits: à chacun de se débrouiller et de tirer ses conclusions. Et, si réponse il y a, elle sera de préférence donnée de manière voilée, subversive ou évasive: gare à trahir le véritable fond de sa pensée! Ici, tout le monde bluffe, joue double-jeu, fait semblant de... Chaque dialogue, colloque ou conversation est aromatisé de ruse, de sous-entendus, de faux-fuyants, de contrevérités, d'aveux suivis de désaveux, de promesses non tenues, de coups bas, de fausses accusations ou de preuves falsifiées. La duplicité et la tromperie sont partout et à tout il y a une double lecture: chaque mot, chaque phrase, chaque silence, chaque regard, chaque sourire, chaque moue cache un piège. Les paroles sont à double sens, les missions ont souvent un double objectif et un plan en occulte souvent un autre; certains agents sont contraints de mener une double vie, d'autres sont carrément doubles et tentent tant bien que mal de masquer leur double nature ou leur double visage...
 

Mais ne vous y méprenez pas: malgré ce tableau plutôt sombre, l'atmosphère à la Section One est galvanisante! L'endroit a une âme. Face au danger, en dépit du règlement, on risque sa vie pour s'entraider et on se serre les coudes. Quant à l'effervescence des amours interdits, à la force des connivences et à la chaleur de l'amitié, rien ni personne ne pourra les empêcher de se répandre en coulisse...
 

4. «La force des répliques»
 

La Femme Nikita est une série bourrée d'astuces: outre à l'insolite de son cadre de vie, elle a préféré nous bombarder d'émotions plutôt que d'effets spéciaux, a misé sur les délices de la vue et de l'ouïe plutôt que sur le vacarme, la bousculade ou les interminables courses poursuites; elle a donné la vedette au brio de quelques acteurs plutôt qu'à un méli-mélo de protagonistes quelconques; elle a opté pour la force et l'authenticité des mots plutôt que pour une valse de réflexions inutiles et de détails superflus. «L'art de la répartie» (ou aussi, de «savoir placer les bons mots au bon moment») est en effet un autre de ces éléments que l'on pourrait classer en tête des grandes spécificités de cette fiction.
 

Des dialogues concis et pertinents, des propos mordants, des répliques directes et cinglantes, «des flèches en plein coeur», des réponses brillantes, pleines d'esprit et d'ironie, de mélancolie ou de sagesse - dont bon nombre resteront à jamais gravées dans les mémoires -, voilà ce qu'on retiendra également de ces palpitantes 72 heures d'intrigue et d'aventure. Exactitude des mots, langage entremêlé de regards incisifs manié comme une arme, quel meilleur choix pour souligner le climat tendu et, surtout, «le ton» flagrant de «défi» qui va dominer toute la série.
 

Un ton de confrontation, d'exercice de pouvoir et de rapport de forces permanent. Un ton tranchant et percutant qui n'autorise aucun débat mais qui vise à «clouer le bec» à l'adversaire ou à l'interlocuteur... Qu'il soit maquillé par l'air consterné ou révolté de Nikita, par le sourire mielleux et le calme inébranlable de Madeline, par les manières rudes et railleuses d'Opérations, par l'apparence naïve et docile de Birkoff, par la figure paternelle et l'aspect rieur de Walter ou par l'assurance tranquille et le charme traître de Michael, qu'il soit amer ou autoritaire, sarcastique ou «chattemiteux», grave ou enjoué, glacé ou nuancé, tendre ou uniforme..., le ton donné au départ s'installera et demeurera: laconique et provocateur, il est une invitation à la bravade. La sagacité de chacun des personnages est constamment évaluée et mise à l'épreuve: ils devront se mesurer non seulement au danger mais aussi, et surtout, l'un à l'autre... Quand ils ne seront pas amenés à devoir se piéger l'un l'autre ou encore, à se dresser l'un contre l'autre...


Le défi est donc omniprésent et s'accorde à merveille avec le système instauré et la forme d'expression adoptée: chaque réplique tombe comme une menace, chaque mot comme une sentence; chaque échange cache une mise en garde ou une nouvelle sombre prédiction, chaque confidence un possible mensonge, chaque répartie une tentative d'affirmation ou de prise de pouvoir. Chaque silence est lourd de sens, chaque argument avancé est soit d'une perfidie renversante soit d'une justesse remarquable.
 

À la Section One, on ne discute pas, on dialogue peu, on ne parle pas pour ne rien dire, on ne se confond pas en excuses et, surtout, on ne se perd pas dans les explications! Les propos qu'on y tient sont tous minutieusement pesés, calculés et clairement prononcés. Les «briefings» sont restreints au strict nécessaire et expéditifs; les entrevues «accordées» et les conversations «concédées» sont brèves, les discours sans fioritures, les ripostes promptes et bien aiguisées. Au point que chaque phrase en devient presque sacrée... Spécialement lorsque Michael s'en mêle et que, drapées de mystère, elles sont trempées dans un bain de douceur et de délicatesse avant d'être servies au destinataire... À ne pas perdre de vue toutefois: même dans ces moments de magique volupté, son ton reste le même: il est sans réplique!


(à suivre...)


© Michèle Brunel  (Cet article est protégé par  )

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  • : La Femme Nikita, chef-d'oeuvre inachevé
  • La Femme Nikita, chef-d'oeuvre inachevé
  • : Un hommage fort et pleinement mérité au génie, au raffinement et au talent de tous ceux et celles qui ont su inventer, réaliser, produire et interpréter cette remarquable, unique et inoubliable série qu'est «La Femme Nikita». Petit clin d'oeil particulier aussi (et surtout) à l'acteur québécois Roy Dupuis qui a miraculeusement débarqué dans ma vie au bon moment...
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